Une coalition d’ONG américaines contre la chasse aux trophées de lions

17/05/2011
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Les lions mâles à crinières sont très prisés des chasseurs de trophées (Crédit photo: Pascal Fournié)

D’après la coalition d’ONG américaines pour la défense de la vie sauvage*, les chasseurs américains deviennent une menace de plus en plus grande à la survie des lions d’Afrique. La forte demande en trophées de chasse (colliers et tapis en peau de lions) et le commerce florissant de diverses parties de l’animal (griffes, crânes, os, pénis) aux États-Unis et dans le reste du monde, emmènent l’espèce droit vers l’extinction alors qu’elle subit déjà les conséquences de la réduction de son habitat et des conflits avec les villageois.

Bien que l’Homme soit sans conteste la plus grande menace à la survie du lion, Luc Hunter, vice-président de Panthera ne pense pas que les chasseurs de l’Ouest en soient les uniques responsables. « C’est surtout la généralisation des massacres (…) par ceux qui tentent de faire de l’élevage et qui trouvent très difficile de cohabiter avec les lions », explique-t-il. Mais il y a aussi une grande pression sur l’habitat des lions qui rétrécit face à la construction croissante de routes telles que l’autoroute très controversée prévue dans le Parc National du Serengeti en Tanzanie, ou bien face à l’appropriation des terres pour l’agriculture.

Il y a cent ans, 200 000 lions évoluaient en Afrique alors qu’aujourd’hui, selon certaines estimations, il en resterait moins de 40 000 - d’autres évaluent ce chiffre à 23 000, voire même 16 000 - et ils ont disparu à 80% de leurs territoires d’origine. Le lion s’est éteint dans 26 pays. Selon le groupe de conservation Panthera, seuls 7 pays (Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe, Botswana, Éthiopie) abriteraient encore plus de mille lions chacun.

Déposé en avril à la Maison Blanche, le rapport de la coalition montrait que les chasseurs américains jouaient un rôle de plus en plus important dans la diminution de la population de lions. Entre 1999 et 2008, 64 % des 5 663 lions tués en Afrique sont partis vers l’Amérique et en dix ans, le nombre de lions tués pour les trophées a plus que doublé. Même dans les pays qui n’attiraient pas énormément les adeptes de la chasse sportive, la pratique s’est étendue.

Les conservateurs se sont également aperçus que la préférence des chasseurs pour les lions mâles risquait de décimer des  familles entières de lions. La perte du mâle dominant pourrait déclencher une lutte pour la suprématie parmi les survivants, laquelle pourrait conduire à la mort d’autres mâles adultes ou de jeunes mâles considérés comme adversaires potentiels. D’après eux, interdire la chasse permettrait de réduire ces menaces en mettant les Américains hors-jeu. « Les autres grands félins tels que le jaguar, le léopard ou le tigre sont protégés. Seul le lion est laissé pour compte » a remarqué Jeff Flocken, de l’IFAW.

Pourtant, d’autres experts de la vie sauvage ont déclaré que la chasse responsable pouvait, dans certains cas, aider à la conservation des populations grâce au maintien de zones de nature sauvage car « si la chasse est interdite, le vrai risque réside dans le fait que les gouvernements africains voudront générer des revenus à partir de ces terres avec du bétail et des cultures qui détruiront ces habitats ».

* Coalition à laquelle la Maison Blanche a demandé de bannir l’importation des trophées de lions en inscrivant ces animaux sur la liste des espèces en danger et qui est composée de l’IFAW (International Fund for Animal Welfare ; Fonds international pour la protection des animaux), de la Humane Society of the United States (Société Humaine des Etats-Unis), de la Humane Society International (Société Humaine Internationale), de Born Free and Defenders of Wildlife.

 

Les éléphants sont aussi très convoités parmi les chasseurs de trophées qui peuvent débourser 11 000 euros ou plus pour un abattage. Photographe: Christophe Morio/africahunting

La chasse profite-t-elle ou non à la conservation ?

(Article de septembre 2009 – Traduction Afrique Horizons)

La chasse aux trophées de gros animaux est un sport sanglant controversé. La chasse aux lions, éléphants, zèbres, girafes, guépards, léopards et même aux rhinocéros noirs et aux hippopotames classés comme espèces en danger par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), représente un jeu pour les amateurs de trophées, qui rapportent chaque année 100 millions de livres (plus de 115 millions d’euros) à l’Afrique du Sud.

Les adeptes de cette chasse demandent que les revenus qu’ils génèrent soient investis dans la conservation, la protection des habitats, l’accroissement du tourisme, la prévention du braconnage et l’augmentation des contrôles.

Mais les critiques disent que ce sport sanglant est cruel et démontrent que le Kenya, seul pays africain où la chasse aux trophées est complètement illégale, bénéficie d’une industrie touristique florissante (safaris-photos) qui lui rapporte annuellement environ 800 millions de dollars (plus de 560 millions d’euros).

Le nombre d’animaux pouvant être tués et exportés est contrôlé par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) mais les militants estiment que ce système est défectueux car le suivi et la surveillance des quotas sont la responsabilité des gouvernements qui peuvent manquer de moyens, ou même de volonté, pour faire respecter ces chiffres.

Les quotas pour les guépards et les léopards en Afrique du Sud, Namibie et Zimbabwe sont de plusieurs centaines d’animaux. Un organisateur de safari-chasse implanté en Afrique du Sud s’est vanté auprès d’un client potentiel d’avoir à lui seul tué 400 léopards, tous chassés avec des chiens, durant ces 14 dernières années.

La faune du Zimbabwe est particulièrement vulnérable en raison de la situation économique désastreuse du pays et des réformes foncières de la dernière décennie. Le président de la Zimbabwean Conservation Task Force (organisation spéciale de conservation) Johnny Rodrigues dit qu’ « aucune vérification ni aucun état des lieux n’a été fait dans le pays depuis 1997. Dans une réserve, une population de 54 rhinocéros a été réduite à 5 individus en 10 ans. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ces animaux. Ces quotas sont effrayants ».

Même si les Américains sont de loin les plus dépensiers dans la chasse aux trophées, les Britanniques et les Allemands stimulent aussi la demande. Selon la League Against Cruel Sports (Ligue contre les sports cruels), les chasseurs européens ont tué des milliers d’éléphants et de léopards depuis 1996.

Marina Lamprecht, propriétaire de Hunters Namibia Safaris (organisateur de safaris-chasses en Namibie) déclare : « Les organisateurs safari-chasse sont d’abord des conservateurs, et dans un second temps des chasseurs. Avec la pression humaine sur les terres, il y a moins de tolérance pour la faune sauvage. La chasse aux trophées est le moyen le plus lucratif d’utiliser les terres agricoles de façon commerciale. Les chasseurs payent une taxe journalière et une taxe sur les trophées mais la viande reste la propriété de la communauté locale. Tout le monde est gagnant. Nous employons aussi 19 personnes ce qui veut dire que 19 familles vivent grâce à nous, et environ 6 000 chasseurs visitent la Namibie chaque année ». Elle a ajouté que la récession mondiale avait entraîné une baisse d’environ 30 % de la demande en trophées de chasse et que les bénéfices annoncés par les chasseurs étaient contestés.

La League Against Cruel Sports dit que moins de 5% des taxes de chasse sont donnés au gouvernement au profit de la conservation. De leur côté, les conservateurs déclarent que la chasse aux trophées porte préjudice aux populations d’animaux. Des chercheurs, qui avaient pistés 26 léopards entre 2002 et 2005 dans une réserve du Kwazulu Natal en Afrique du Sud, ont retrouvé 23 d’entre eux tués par la chasse et le braconnage pour la viande de brousse. En 2006, il a été interdit de tuer les femelles et les jeunes dans cette zone et depuis 2008, le nombre de léopards a commencé à remonter.

Certains militants opposés à la chasse en milieu clôturé voient pourtant la chasse aux trophées comme potentiellement bénéfique à la conservation. Rob Parry-Jones, directeur régional de Traffic Europe déclare : « La forte demande peut accroître la chasse illégale et entraîner des abus dans le système de la chasse aux trophées, comme on l’a vu récemment avec les rhinocéros en Afrique du Sud, mais une chasse bien gérée comme celle du markhor 1 (grande chèvre de l’Himalaya) au Pakistan, peut avoir des effets positifs ».

Mais les groupes de militants tels qu’Animal Rights Africa (Les Droits des Animaux d’Afrique), réclament une interdiction totale de la chasse sportive et de l’exportation des trophées, seul moyen selon eux d’éradiquer définitivement la pratique immorale de la chasse en milieu fermé.

1 Voir l’article en français en bas de la page du site suivant : http://www.cic-sustainable-hunting-worldwide.org/markhor_award.html

En vert : Notes d’Afrique Horizon

Liens : site de Panthera, site de l’IFAW, Pétitions en ligne en faveur des lions

Exemple de site internet américain proposant des trophées à la vente : www.wildlifeetc.com

Sources : http://www.guardian.co.uk/environment/2011/mar/01/african-lions-american-hunter-trophies?intcmp=239

http://www.guardian.co.uk/environment/2009/sep/11/trophy-hunting-africa?intcmp=239

Rédacteurs : BV et LB

 

2 Responses to Une coalition d’ONG américaines contre la chasse aux trophées de lions

  1. Africaman on 18/05/2011 at 20:11

    Bonjour,

    Tout d’abord, je tiens à vous féliciter pour votre blog qui est très agréable à parcourir et dont les sujets sont bien choisis.

    En tant que passionné de la faune d’une manière générale et de celle de l’Afrique en particulier, je tenais à exprimer ma colère et mon dégout face à toutes ces atrocités perpétrées par l’homme! Je ne comprendrai jamais comment un être humain digne de ce nom peut arriver à commettre de pareils actes! J’ai parfois honte d’appartenir au genre humain…

    Continuez à informer les gens comme vous le faites, il y en a besoin!

    Africainement vôtre,

    Africaman

    • Afrique Horizons on 19/05/2011 at 09:23

      Bonjour Africaman,

      Merci beaucoup pour votre message. Nous faisons le maximum pour que ce blog plaise à nos lecteurs.

      Il est effectivement scandaleux de voir que la cruauté humaine n’a pas de limites, surtout lorsqu’il y a de l’argent en jeu.

      C’est pour cela qu’il est nécessaire que chacun d’entre nous, qui sommes au contraire naturellement sensibles à la cause animale, agisse à son niveau pour faire changer les choses. Informer, signer des pétitions, faire des dons, adhérer à des associations ou s’exprimer comme vous le faites ici sont autant de petits pas, qui tous cumulés, nous mènerons ainsi que nous l’espérons, vers l’éradication de ces comportements inadmissibles.

      N’hésitez pas à réagir à nouveau sur notre blog!

      Afrique Horizons

 

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