Kenya : stocks d’ivoire brûlés en juillet

29/05/2011
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En juillet prochain, les pays africains pourvus d’aires protégées ont l’intention de brûler quelques tonnes d’ivoire dans le parc national de Tsavo au Kenya. Cette action couronnera une série d’activités parmi lesquelles une réunion des ministres des pays dont la vie sauvage est encore riche et foisonnante : le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, la Zambie, l’Éthiopie, la Sierra Leone, le Congo, le Lesotho et la République Démocratique du Congo.

Les protecteurs de la nature décrivent cet évènement comme un acte fort en faveur de la sauvegarde de l’éléphant, qui fera clairement entendre au monde entier que l’Afrique est prête à coopérer pour préserver son patrimoine et ses ressources économiques. La quantité d’ivoire à brûler reste encore à déterminer mais 10 tonnes seraient envisagées, incluant la cargaison de 6.5 tonnes (531 défenses) saisie à Singapour en 2002 et provenant de Zambie.

Source photo : http://elephantgirl.skyrock.com. Crédit photo inconnu.

Ce sera la deuxième fois que le Kenya utilisera cette méthode de sensibilisation. En 1989, Richard Leakey, nommé par le président kenyan Daniel Arap Moi à la tête du Wildlife Conservation and Management Department (qui deviendra le Kenya Wildlife Service l’année suivante), mena un combat sans merci contre les braconniers qui massacraient les éléphants à l’arme automatique. Il savait qu’il fallait sensibiliser l’opinion et eut l’idée de brûler en place publique le stock de défenses confisqué par ses soins. Les photos de ce gigantesque brasier ont fait le tour du monde!

Tanzanie : vendre les stocks d’ivoire pour les programmes de conservation
La Tanzanie a demandé en 2010 lors de la 15ème conférence de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction) la levée temporaire du moratoire sur le commerce de l’ivoire pour lui permettre de disposer de son stock de 89,8 tonnes de défenses d’éléphants. Pour l’année 2010-2011, le budget de fonctionnement du Ministère des Ressources Naturelles et du Tourisme tanzanien n’était que de 65,5 milliards de shillings tanzaniens (environ 33 millions d’euros) alors que celui du Kenya Wildlife Service atteignait 7 milliards de shillings kenyans  (environ 61 millions d’euros). Aux dires des autorités tanzaniennes, la vente de 20 tonnes d’ivoire permettrait de financer certains de ses programmes de conservation de la faune; une politique non adoptée par le Kenya (chef de file de 23 pays opposés à la relance du commerce de l’ivoire) qui a choisi d’autres voies pour protéger sa biodiversité.

Braconnage en hausse
Les experts de la protection de l’environnement s’inquiètent de l’ampleur des saisies d’ivoire faites au Kenya, une grande partie provenant de la Tanzanie, du Congo, de la Zambie et du Zimbabwe. Le Kenya, qui semble avoir renforcé la surveillance dans les aires protégées, connaît une situation préoccupante en dehors des parcs où vivent 70% des animaux sauvages. L’an dernier, 45 éléphants ont été tués à l’intérieur des réserves contre 142 à l’extérieur. Parallèlement, l’avenir de certaines populations de rhinocéros semble tout aussi sombre. Par exemple, l’Afrique du Sud a connu une augmentation spectaculaire du braconnage ces dernières années: 13 rhinocéros tués en 2007, 83 durant l’année 2008, 122 pour l’année 2009, 330 en 2010 et déjà 159 tués durant les quatre premiers mois de 2011. Le braconnage du rhinocéros est principalement dû à une utilisation de sa corne comme médicament traditionnel et une rumeur prétend qu’il peut être un traitement efficace contre le cancer. Il a été remarqué que les zones les plus braconnées étaient celles où les Chinois avaient un chantier en cours.

Mobilisation internationale contre le crime organisé
Du 17 au 19 mai 2011, un groupe de travail de la CITES (The Ivory and Rhinoceros Enforcement Task Force) s’est réuni au siège du Programme des Nations Unies pour l’Environnement à Gigiri (Nairobi) au Kenya pour lutter contre le crime organisé visant les éléphants et les rhinocéros. La réunion a été suivie par vingt représentants des autorités de la faune, des douanes, des parcs nationaux, de la police et des organismes d’application de 12 pays (Chine, Ethiopie, Kenya, Mozambique, Népal, Philippines, Afrique du Sud, Thaïlande, États-Unis, Royaume-Uni, Tanzanie, Vietnam et Zimbabwe). Le groupe de travail a également examiné les renseignements fournis par l’Australie, le Canada et les États-Unis. Quatre des cinq organisations du  Consortium International de Lutte contre la Criminalité (un partenariat entre la CITES, Interpol, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale des Douanes) ont également été présentes à la réunion et ont offert leur soutien à des agences nationales dans leur lutte contre les groupes du crime organisé et leurs réseaux.

Malgré le succès considérable de la mise en application des lois de la communauté (avec des unités canines et des agents des douanes spéciaux dans les aéroports), la contrebande d’ivoire illégal continue d’augmenter et ceux qui sont derrière le commerce illicite ne semblent pas être découragés par les pertes qu’ils subissent régulièrement de la part des agences de contrôle aux frontières. Dans la seule année de 2009, les agents des douanes ont intercepté plus de 25 tonnes d’ivoire de contrebande en provenance d’Afrique vers l’Asie. Récemment, une tonne d’ivoire sur le point de sortir clandestinement du pays a été saisie.

La forte demande actuelle entraine une augmentation du prix de l’ivoire au marché noir et les vendeurs se servent d’internet pour trouver des acheteurs. Aussi, la Banque Mondiale a offert d’apporter son expertise dans les domaines de lutte contre le blanchiment d’argent et le recouvrement d’avoirs, une proposition accueillie favorablement. Les membres du groupe ont convenu qu’une meilleure communication, une plus grande collaboration et une coordination plus étroite sont nécessaires au niveau national et international, et ils se sont engagés à accroitre les échanges d’informations. En outre, ils demandent à ce que les données concernant les braconniers et les saisies ne soient pas divulguées avant que tous les maillons de la chaine soient arrêtés, et que les médias soient encouragés à soutenir les organismes d’application et à retarder leurs communiqués de presse.

Selon John Sellar, chef d’exécution de la CITES, le trafic est dirigé par des groupes du crime organisé qui exploitent des personnes sans ressource vivant dans les régions peuplées par les éléphants et les rhinocéros. Ces hommes démunis deviennent des braconniers au péril de leur vie. Cette année, en Afrique Australe, 14 braconniers équipés d’armes automatiques de grands calibres ont été tués au cours de rencontres avec les gardes du parc.

David Higgins, le directeur de la section du Crime Environnemental d’Interpol, a déclaré que « le commerce illégal d’animaux sauvages peut avoir un effet significatif sur l’économie et la sécurité d’une nation. Dans le cas du trafic illicite de l’ivoire et de la corne de rhinocéros, où les gangs de braconniers lourdement armés et les réseaux criminels organisés sévissent, les activités illégales réduisent les revenus du tourisme, peuvent mettre en danger les visiteurs et nuisent à l’équilibre de la biodiversité. »

David Higgins a ajouté que « pour lutter contre ce commerce illégal, il y a un besoin urgent de stratégies bien construites et bien conçues au niveau local, national et international, et en première ligne, un échange, une analyse et une gestion efficaces des renseignements. »

 

Sources: http://www.cites.org/eng/news/press_release.shtml

http://www.savetheelephants.org/news-reader/items/africa-to-torch-seized-ivory-in-show-of-disgust-at-the-killing-of-elephants.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Leakey

 

Traducteur et rédacteur : BV

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