Gibe III : le barrage de la honte

20/06/2011
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Éthiopie, le fleuve Omo

Le gouvernement éthiopien est en train de construire le barrage Gibe III sur le fleuve Omo. Avec ses 240 mètres de haut, il sera le plus grand ouvrage hydroélectrique d’Afrique. Il fait partie d’une série de cinq barrages dont deux, Gibe I et II, ont déjà été construits. La construction du barrage Gibe III a démarré en 2006, avant même son approbation par l’agence éthiopienne de l’environnement. Le gouvernement éthiopien prévoit d’utiliser les eaux de retenue de Gibe III pour irriguer de vastes étendues de terres tribales dans la vallée inférieure de l’Omo destinées à être louées à des investisseurs étrangers pour des cultures commerciales, y compris des agrocarburants. Les ethnies n’ont pas été consultées sur cette mainmise de leurs terres qui est en violation flagrante de la Constitution éthiopienne et de la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples indigènes que l’Éthiopie a signée. Le barrage Gibe III et la confiscation inhérente des terres risquent d’affecter si gravement la sécurité alimentaire des communautés riveraines qu’elles devront, pour survivre, devenir tributaires de l’aide alimentaire.

 

Barrages et maladies

La retenue des barrages est un parfait terrain de reproduction pour les vecteurs de maladies, tels que les moustiques porteurs de paludisme et les mollusques porteurs de bilharziose. Les cas de paludisme dans les zones de barrage sont systématiquement plus nombreux après le remplissage de la retenue. L’afflux important d’ouvriers de construction et d’opération des barrages a de graves répercussions sur les peuples indigènes, car ces personnes sont porteuses de maladies qui peuvent leur être complètement inconnues et les décimer.

 

La vallée de l’Omo et ses peuples

Les Kwegu sont l'un des peuples de la vallée de l'Omo

 

La vallée inférieure de l’Omo est une région d’une beauté majestueuse offrant des écosystèmes d’une extrême variété dont des prairies, des affleurements volcaniques et l’une des rares forêts « vierges » de l’Afrique semi-arides abritant une importante diversité faunistique.

Les Bodi (Me’en), les Daasanach, les Kara (ou Karo), les Kwegu (ou Muguji), les Mursi et les Nyangatom vivent le long de l’Omo et en dépendent étroitement. Ils ont développé au cours des siècles des pratiques socioéconomiques et écologiques complexes adaptées aux conditions climatiques difficiles et imprévisibles de cette région semi-aride. La crue annuelle de l’Omo alimente la riche biodiversité de la région et garantit une sécurité alimentaire à ces peuples lorsque les précipitations sont rares. En utilisant le limon déposé sur les berges du fleuve par le lent retrait des eaux, les tribus riveraines produisent une culture vivrière vitale comme le sorgho, le maïs et les haricots. Certaines tribus y font paître leur bétail, car, durant une grande partie de l’année, il y a peu d’herbe ailleurs.

Un collectif d’ONG internationales composé de Counter Balance, Campana per Riforma Della Banca Mondiale, Friends Of Lake Turkana, International Rivers et Survival International se bat contre la construction du barrage Gibe III en Éthiopie. Le barrage menace les conditions de vie de 300 000 personnes dans le sud de l’Éthiopie et le Nord du Kenya. Il détruirait également la basse vallée de l’Omo, site préhistorique de renommée mondiale et l’écosystème du lac Turkana, tous deux inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Avec un mur de 240 mètres de haut, le barrage Gibe III est le plus gros investissement jamais réalisé en Éthiopie. Ce projet a été lancé sans étude préalable en violation de la loi éthiopienne, il viole aussi plusieurs conventions internationales, notamment sur les droits des populations indigènes, et une fois achevé, ce barrage anéantira un environnement fragile et bouleversera à jamais  le mode de vie de ces peuples qui dépendent étroitement du fleuve et de sa crue annuelle. Sa construction a été confiée sans appel d’offre à la compagnie italienne Salini, qui avait déjà construit le barrage Gibe II dont une partie s’est effondrée dix jours à peine après sa mise en service en janvier 2010.

Village de Mursi

Le barrage Gibe III est en cours de construction sur la rivière Omo qui prend sa source en Éthiopie et qui constitue la principale source d’alimentation du célèbre lac Turkana au Kenya. La Banque européenne d’investissements (BEI) a annoncé qu’elle n’envisage plus de financer le barrage et l’état éthiopien s’est tourné vers la Chine pour obtenir un financement. Des manifestants kenyans menés par l’organisation Friends of Lake Turkana se sont rendus à l’ambassade de Chine au Kenya pour demander aux banques et aux compagnies chinoises de ne pas financer le barrage.

Des barrages hydroélectriques sont en construction dans ou à proximité de territoires indigènes à travers le monde entier, ce rapport – Inquiétants barrages (document PDF) – met en lumière les menaces qu’ils représentent sur les peuples indigènes.

 

Sources : http://www.survivalfrance.org/peuples/valleedelomo

http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5691

http://www.amisdelaterre.org/Barrage-Gibe-3-en-Ethiopie.html

http://www.friendsoflaketurkana.org/

Nous remercions Survival France pour les photos mises à notre disposition.

 

Afrique Horizons vous propose de signer une pétition demandant le gel du barrage sur cette page : http://www.stopgibe3.org/pages/petition.php .

 

Traducteur et rédacteur : BV

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